Mercredi 26 Décembre, 20h.
-- Depuis environ 10 minutes, je suis assise dans les gradins du Coliseum d'Amiens. Autour de moi, du rouge et noir essentiellement. Par touche plus discrète, beaucoup plus discrète, du rouge et bleu. Le bloc de places d'à côté n'est rempli que par des habitués venus en tenue: les maillot, les écharpes, les casquettes, les drapeaux et l'orchestre. L'ambiance est déjà là, même si le match n'a pas encore commencé.
J'ai encore du mal à réaliser que je suis là, assise dans les gradins de la patinoire, prête à réaliser ce que je pourrais qualifier comme étant mon plus grand rêve d'enfant : assister à un match de hockey, un vrai !
Presque 20h, l'animateur rentre sur la glace et annonce les joueurs qui composeront les deux équipes. Des sifflets accompagnent l'entrée des joueurs grenoblois sur la glace, des cris de liesse et d'encouragement celle des Gothiques.
Après seulement 18 secondes de jeu, un premier point de marqué. 18 secondes, je l'ai même pas vu ! Le temps de réaliser que le match avait commencé, trop occupée que j'étais à m'imprégner de l'ambiance, et déjà l'équipe amiénoise marque.
Vive la ligne vanille-chocolat.
C'est du hockey Haverman, pas de la baston! -----
-----Charly: Goldberg, t'es gardien de but, c'est normal qu'on te tire dessus!
Goldberg: Y a pas une autre poire qui voudrait se dévouer.
Je ne dois pas cancanner devant la directrice.
Mercredi 26 Décembre, 21h.
--Déjà une heure que je suis assise dans ces gradins. La première période s'est terminée sur une égalité (1 partout pour ceux que ça intéresse), et la seconde ne vas pas tarder à commencer. Les joueurs amiénois reviennent doucement sur la glace et moi je suis là, à regarder partout comme une gamine devant la vitrine d'un magasin de jouets, ne sachant quoi choisir ni même quoi regarder. Les yeux plein d'étoiles, je ne veux rien louper, rien oublier alors je regarde, j'observe, j'écoute...
La seconde période débute et m'emporte... Je tremble quand les bruleurs de loups sont un peu trop près de notre cage et peste quand ils prennent le dessus, j'hurle après l'arbitre, je crie et saute quand J.Marcos ramène les Gothiques à égalité. Je suis loin de tout et à fond dedans aussi. Je ne vois que les joueurs qui évoluent sur la glace et je pense à une personne à quelque 600 km de là qui aimerait être à ma place...
N'oublie pas, force et non concentration.
Averman: Hey, c'est un tatouage? C'est un vrai?
Portman: Fous moi la paix
Averman: Oui monsieur.-----
Hey le cow boy, attrape moi ce troupeau de buffles arrangés
Mercredi 26 Décembre, 22h.
-- La troisième période est presque terminée. Les grenoblois mènent d'un point. Alors que, pour moi, tout espoir semble perdu, les amiénois se retrouvent à 5 contre 4 puis 5 à 3. L'espoir renaît, mais le compteur tourne. Les deux dernières minutes de jeu semblent interminables. Un ½il sur le tableau, l'autre sur la glace et le c½ur à 300 à l'heure ! Tous les gradins sont debout, moi la première. Et là, le "miracle" se produit, à seulement 53 secondes de la fin du match, les gothiques marquent et entraînent les bruleurs de loups en prolongation. Le public est euphorique, la victoire est proche, surtout que les prolongations commencent à 5 contre 3.
Les prolongations débutent et se terminent dix minutes plus tard, sans changements : les deux équipes sont toujours à égalité et moi, je tremble de froid et de stress. Un petit texto pour la prévenir que le match va se jouer au tir au but, pendant que les hockeyeurs se préparent. J'ai soudain beaucoup de mal à réaliser ce qui se déroule sous mes yeux : pour mon premier match, je vais assister à une séance de tirs au but. Même si je ne le crierais pas sur tous les toits, je mourrais d'envie depuis que je me suis assise sur les gradins de voir le match se terminer de cette façon, quel qu'en soit le vainqueur... Des images défilent dans ma tête à toute allure, celles d'une autre séance de tirs au but d'une autre "réalité", d'un autre temps, d'un autre match sous d'autres couleurs...
Le premier joueur grenoblois s'avance et marque, le stress augmente d'un cran et moi je surveille activement toute possible triple feinte...
Les tirs au but se poursuivent, toujours aucun vainqueur et pas encore vu de triple feinte, ni de formation en V...
Dwayne: D'où je viens, on traite les jeunes filles avec respect.
Connie: C'est gentil Dwayne, mais je ne suis pas une file, je suis un Duck. Compris?
Charlie Conway, Minneapolis, Minesota. Et moi, Gordon Bombay, Minneapolis, Minnesota.
Hey l'arbitre, déclarez nous vainqueurs tout de suite et on pourra rentrer à la maison regarder Terminator.
Mercredi 26 Décembre, 23h.
-- Je viens de passer près de trois heures assise sur le siège 61 du bloc B de la patinoire du Coliseum. Le match est fini. On a perdu. Aucune équipe n'était prête à lâcher le morceau, mais après des prolongations, des tirs au but et des tirs au but avec mort subite, il fallait bien un vainqueur...
Le résultat en lui-même m'importe peu, c'est le match et le reste autour qui m'a passionné: le bruit des patins, les cris des supporters, le stress, les hockeyeurs qui tentent de faire fléchir l'arbitre, la crosse casée en deux tombée sur la glace, les gants qui volent, les arbitres qui séparent les joueurs un peu trop bélliqueux...
Je ramasse mes affaires, ajuste mon manteau et les yeux encore plein d 'étoiles, la tête pleine d'images et le c½ur léger de quelqu'un qui vient de réaliser un rêve d'enfant me dirige vers la sortie...
Kenny: Russ, faut que tu m'enseignes à dire des grossiertés.
Russ: Kenny, mais ca ne s'enseigne pas. Il faut que tu dises la première chose qui te passe par la tête. Il faut que tu le veuille. Essaye, vas y!
Kenny: Hey l'arbitre, tu veux...
Russ: Arrête, chut! Choisis quelqu'un d'autre!
Chaque fois que vous serez sur la glace,
rappelez vous que Hans nous a enseigné à voler...
J'étais comme toi, Charlie.
Quand je jouais au hockey, j'étais une vedette, je voulais avoir le contrôle, tout le temps. Puis j'ai abandonné.
J'ai essayé le droit, même chose. Je dominais en cours, mais en dedans, c'était la pagaille.
Puis, ca a été l'alcool. Bon Dieu, ce que je suis descendu.
Puis, il y a eu une chose sensationnelle, peut être la meilleure de ma vie: j'ai été arreté et condamné à faire du service communautaire.
C'est là que je vous ai connu: Charlie et les Ducks. J'essayais de vous repousser mais vous restiez là.
Vous m'avez donné une vie Charlie, et je vous en remercie.
Tout ça, j'en avais parlé à O'Ryan quand je lui ai demandé de prendre la relève. Je lui ai même dit que tu étais le coeur de l'équipe et que vous alliez surement apprendre l'un de l'autre.
Je lui ai dit aussi que c'était toi le vrai homme miracle du Minnesota....
en pensant déjà au prochain match que je viendrais voir...